Connectivisme : qui est le père fondateur ? Quelle influence ?

L’année 2005 marque la publication d’un manifeste qui bouleverse l’ordre établi des théories de l’apprentissage. Un universitaire canadien, George Siemens, avance des principes inédits, s’appuyant sur la structure même du web et les dynamiques des réseaux. Son approche attire rapidement l’attention d’institutions et de chercheurs, notamment par son refus d’intégrer l’apprenant dans un schéma linéaire ou centré sur l’individu.

Des universités expérimentent alors de nouvelles pratiques pédagogiques, parfois en rupture avec les méthodes traditionnelles. Les débats sur la légitimité de cette vision émergente se multiplient, révélant aussi bien des soutiens enthousiastes que des critiques sceptiques.

Le connectivisme : origines et figure fondatrice

Remonter aux sources du connectivisme, c’est croiser deux noms incontournables : George Siemens et Stephen Downes. Dès le début des années 2000, ces deux chercheurs canadiens posent les bases d’une réflexion neuve sur l’apprentissage à l’heure des réseaux numériques et de la circulation instantanée de l’information. George Siemens, en 2005, publie « Connectivism: Learning as Network Creation », une pierre angulaire qui fait voler en éclats les cadres traditionnels de la théorie de l’apprentissage. Il met l’accent sur la dimension sociale et la nature relationnelle du savoir, soulignant comment individus, groupes et technologies s’entremêlent pour façonner les parcours d’apprentissage.

Dans la foulée, Stephen Downes enrichit la démarche connectiviste. Son texte « An Introduction to Connective Knowledge » éclaire l’apprentissage en interaction avec les machines, l’intelligence artificielle, la gestion automatisée du savoir. Pour Downes, les réseaux techniques ne se contentent pas d’accompagner l’apprentissage : ils y participent activement, invitant à repenser le rôle des algorithmes et des outils numériques dans la construction des connaissances.

Pour mieux situer les apports de chacun, voici ce qui les distingue :

  • George Siemens : il impulse une vision du connectivisme centrée sur l’interconnexion sociale des apprenants.
  • Stephen Downes : il approfondit la dimension technologique, notamment l’intégration de l’IA dans les processus d’apprentissage.

Le connectivisme va bien au-delà d’un simple assemblage de concepts hérités du behaviorisme, du cognitivisme ou du constructivisme. Il rompt avec l’idée selon laquelle la connaissance serait une construction purement individuelle ou collective. Ici, le savoir se pense comme un réseau vivant, mouvant, modelé par la diversité de ses points d’ancrage et la qualité de ses connexions. Ce cadre éclaire aujourd’hui bien des défis de l’éducation à l’époque du numérique et de la prolifération des ressources en ligne.

Quels principes distinguent le connectivisme des autres théories de l’apprentissage ?

Le connectivisme se situe à la frontière des sciences de l’éducation et des technologies de l’information. Il ne remet pas à plat les modèles existants, mais les interroge et les bouscule. Là où le behaviorisme mise sur l’apprentissage par conditionnement, ou le cognitivisme sur le traitement interne de l’information, le connectivisme pose une question simple et directe : comment apprendre quand le savoir circule partout, tout le temps, et ne cesse de se transformer ?

Quelques principes structurent cette approche. La diversité des opinions est perçue comme une force, et l’apprentissage se construit autour de réseaux composés de nœuds spécialisés. Le savoir n’est plus l’apanage exclusif de l’individu : les entités non humaines, ordinateurs, moteurs de recherche, algorithmes, participent activement à la création et à la diffusion des connaissances. Entretenir les liens, mettre à jour ses ressources, et reconnaître les connexions entre domaines deviennent des démarches centrales dans le processus d’apprentissage continu.

Le connectivisme puise aussi dans la théorie des réseaux, celle du chaos, ou encore dans l’étude des systèmes complexes. Cette hybridation donne naissance à une pédagogie souple, qui s’adapte et favorise l’émergence de nouvelles façons de transmettre. Prendre une décision, dans cet univers, signifie choisir et trier parmi une masse d’informations mouvantes, pour en extraire ce qui semble fiable ou pertinent. Le savoir n’est plus une réserve, mais un flux à entretenir et à rafraîchir en permanence.

Les spécificités du connectivisme se résument ainsi :

  • Connexion de nœuds spécialisés : chaque source, humaine ou technique, constitue une porte d’entrée vers le savoir.
  • Actualisation des connaissances : l’obsolescence rapide des informations exige une veille constante.
  • Prise de décision comme compétence centrale : apprendre, c’est arbitrer, relier, sélectionner.

Réseaux, technologies et communautés : le connectivisme à l’ère numérique

Concrètement, le connectivisme se réalise par la technologie et la force des réseaux. Blogs, wikis, réseaux sociaux, plateformes collaboratives : tous ces outils ouvrent de nouveaux espaces pour apprendre, partager, créer ensemble. Le savoir circule, se transforme, s’enrichit à la faveur de la multiplication des liens et de la mobilisation de nœuds, individus, groupes, ressources connectées en temps réel.

Le phénomène des MOOC illustre parfaitement la capacité du connectivisme à renouveler les modèles éducatifs. Dès 2008, Siemens et Downes lancent des cours en ligne ouverts à tous, massifs, misant sur la participation collective au moins autant que sur l’accès aux contenus. Chacun construit son propre personal learning network, échange, produit, partage. Ici, l’apprenant n’est plus simple récepteur : il devient acteur et contributeur du flux de connaissances.

Quelques exemples de plateformes connectivistes marquantes méritent d’être cités :

  • Coursebox : cette plateforme propose de créer des réseaux, de sélectionner des contenus, de personnaliser son parcours et de bénéficier d’un feedback automatisé.
  • Didask : elle combine plusieurs approches, encourage la personnalisation et utilise l’intelligence artificielle pour accompagner les apprenants.

Mais la surcharge informationnelle et la qualité inégale des ressources en ligne posent de nouveaux défis. Savoir filtrer, hiérarchiser, relier les informations s’impose comme une compétence de premier plan. Par ailleurs, la dépendance technologique, les disparités d’accès et la superficialité de certains apprentissages rappellent que le connectivisme, aussi puissant soit-il, doit toujours s’accompagner d’une réflexion sur l’accompagnement, la structuration et le sens donné à l’acte d’apprendre.

Groupe d

Explorer de nouvelles façons d’apprendre grâce à la mise en réseau des savoirs

Adopter le connectivisme, c’est considérer l’apprentissage comme une dynamique, une circulation permanente de connaissances. La mise en réseau bouscule l’accès aux ressources : chaque apprenant devient curateur de contenu, créateur de liens, navigateur critique dans un océan d’informations. On ne se contente plus de recevoir passivement : on construit, on sélectionne, on met à jour son propre parcours, en dialogue constant avec des communautés et des plateformes numériques.

La diversité des opinions nourrit la richesse des échanges, stimule l’intelligence collective et favorise une personnalisation de l’apprentissage poussée. L’apprenant gagne en autonomie, développe des capacités de sélection et d’analyse, et affine son regard critique. Les dispositifs connectivistes comme les MOOC, les réseaux d’experts ou les plateformes du type Coursebox et Didask, encouragent la collaboration, l’expérimentation et le partage. On voit émerger une nouvelle manière d’apprendre, où la participation active et la coconstruction du savoir priment sur la passivité.

Voici quelques transformations concrètes observées dans ces environnements :

  • Le formateur change de posture : il conçoit des environnements, facilite les connexions, dessine des réseaux d’apprentissage adaptés.
  • L’évaluation par les pairs et le feedback automatisé multiplient les perspectives et invitent chacun à prendre du recul sur ses propres acquis.

La mise en réseau des savoirs ne se limite pas à une question technique : elle requiert autonomie, capacité d’analyse et vigilance pour rester pertinent. Ce nouvel écosystème fait la part belle à l’apprentissage collaboratif et à la co-élaboration continue des connaissances, à l’image de la société connectée d’aujourd’hui. La toile de l’apprentissage ne cesse de s’étendre : chaque connexion compte, chaque lien ouvre une porte, chaque apprenant devient acteur d’un réseau vivant.

Les plus lus